Dimanche 16 novembre 2008
Lu dans le Nouvel Observateur
Ségolène et les vieillards
par Jacques Julliard
Il ne faudrait pas que l'aveuglement conduise les socialistes à un suicide collectif.
A l'évidence, Ségolène Royal les rend fous. Pis que cela : elle les rend bêtes. Supérieur à la moyenne, le quotient intellectuel des dirigeants socialistes
s'effondre brusquement, à la limite de la débilité, dès que l'on prononce le nom de Ségolène. Leurs boussoles s'affolent, leurs logiciels se détraquent; elle est à elle seule leur triangle des
Bermudes. On se souvient de Laurent Fabius : «Qui gardera les enfants ?» De Martine Aubry : «Ce n'est pas un concours de beauté !» De Lionel Jospin : un livre entier contre l'ex-candidate !
Michel Rocard veut s'en aller; Jean-Luc Mélenchon est déjà en fuite. Le social-libéral Delanoë s'inquiète d'une alliance possible avec le MoDem. François Hollande, son ex-compagnon, bégaie à
l'annonce du résultat, se contredit, sème des pièges, allume des contre-feux. Tous la détestent. La plupart, qui rêvent en secret d'un rapprochement avec le centre et ne laissent pas d'ourdir des
désistements avec les centristes; tous, qui pensent comme des bourgeois, qui vivent comme des bourgeois, qui thésaurisent comme des bourgeois, affichent leur terreur : «L'an dernier, on a échappé
de peu à François Bayrou comme Premier ministre !» Commedianti ! Tragedianti ! En bon français : faux-culs !
Une perte d'intelligence aussi subite et aussi collective ne relève pas des sciences cognitives, mais bien de la psychanalyse. Comment expliquer ce
mélange de haine rabique et de sottise avérée ?
C'est en vérité bien simple : Ségolène Royal n'accepte pas la règle du jeu; par son comportement, elle la détruit. Qu'est-ce que le Parti socialiste ? Un
cercle fermé, à l'image d'un club anglais, où de vieux machos, le teint couperosé, le tweed fatigué, la pochette agressive, veulent pouvoir siroter en paix leur porto à l'abri de leur femme, de
leurs fournisseurs - et du peuple. Ce n'est pas une question de droite ou de gauche : Jean-Luc Mélenchon et Jean- Marie Bockel ont longtemps coexisté au PS et, du reste, Ségolène Royal y est
conjointement accusée de tendances droitières et de démagogie gauchiste. C'est une question d'endogamie politique. On veut rester entre soi : le PS, c'est le Jockey Club à la portée des
instituteurs.
Alors, quand Ségolène préconise la démocratie participative, qu'elle surfe sur les 20 euros et dénonce dans la cotisation une taxe sur la militance,
toute la basse-cour se met à caqueter : on n'est plus chez soi ! Quand elle décrit la social-démocratie comme une recette du passé qui s'efforce de réparer les dégâts du capitalisme alors qu'il
s'agit de les prévenir, elle pose le bon diagnostic mais elle dérange : on s'était à peine installé dans les habits de Bernstein, dans les recettes suédoises et dans les meubles Ikea qu'il
faudrait déjà décaniller ? Impossible, ma chère ! C'est comme ses te nues : il paraît qu'elle est passée chez son coiffeur et qu'elle a changé de robe avant d'aller au Zénith ! Ce n'est pas
Rocard ou Jospin qui feraient des choses pareilles. Ils se contentent de scier des planches à la télé ou d'y chanter «les Feuilles mortes»... Mais le Zénith ! Il y avait là de la musique comme à
la Fête de l'Huma. Ou comme à la messe, oui, mon cher, comme à la messe !
A propos, les centaines de milliers de militants qui dans l'Ohio, en Floride, en Virginie et ailleurs ont assuré la victoire d'Obama, étaient-ils à jour
dans leurs cotisations ? Ce n'est pas sûr, camarades, il faudrait aller vérifier ça avant de se réjouir.
Alors, vous êtes donc un inconditionnel de Ségolène ? - Pas si vite, mon ami, pas si vite. Elle a encore des progrès à faire et beaucoup à travailler
d'ici à 2012. Elle est souvent trop arrogante et pas assez fiable. Mais elle est l'un des principaux atouts du parti. Et puis, Ségolène Royal est un symptôme. De ces bonzes inoxydables, vieux
dans leur tête, vieux dans leurs moeurs politiques, les Français de gauche ne veulent plus : «Encore vos combines ? Alors, encore Ségolène !» disent-ils. La marginaliser, ce serait vouloir tuer
le symptôme plutôt que la tumeur. Il ne faudrait pas que la mesquinerie, le ressentiment, l'aveuglement conduisent les socialistes à un suicide collectif, comme un troupeau de baleines
déboussolées qui viennent s'échouer sur la grève.
Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur
Pour conserver son fauteuil de maire de Lille, Martine Aubry n'a eu aucun scrupule à s'allier avec le MoDem. Pour justifier cette alliance, elle évoquait alors "un accord politique". "Nous sommes d'accord dans l'analyse politique que nous faisons aujourd'hui. Il y a une droite libérale, autoritaire, qui créé des injustices, un président de la République qui ne tient pas ses engagements. (...) Nous savons que nous avons à côté de nous des hommes et des femmes qui partagent nos valeurs".
La preuve en image
http://maiblog.over-blog.com/article-24831459.html
Ne portons pas à la tête du PS une femme dont le discours et les actes sont en totale incohérence ! Faisons confiance au tandem Ségolène Royal/Vincent Peillon, le seul capable d'ancrer enfin le PS dans le XXIe siècle !